Florence de Soultrait : « La chasse, c’est un secret qui se révèle »

Journaliste chez M6, Florence de Soultrait a construit son parcours au fil de grands formats et de reportages de terrain, pour le JT de M6 et pour l’émission Enquête Exclusive. Entre deux tournages, Florence a accepté de parler d’un sujet plus intime: son rapport à la chasse, ses premiers pas, ce qu’elle cherche dans l’approche, la traque, et la manière dont elle vit, de l’intérieur, le procès permanent fait aux chasseurs.

BSL : Florence, votre « virus » de la chasse, d’où vient-il, si vos parents ne chassent pas ?

FS : Rien de prédestiné, justement. Mes parents ne sont pas chasseurs. Le déclic vient de mon parrain, très proche de la famille et très proche de moi. Il a été diplomate, et grand chasseur à travers le monde. Quand j’étais envoyée en vacances chez lui, en France ou à l’étranger, au Kenya par exemple, j’avais ses récits, ses photos, sa passion. Cela m’a communiqué très tôt une curiosité, quelque chose d’assez rêveur. Je me disais : moi, je rêverais de chasser. Nous avons toujours été très “campagne” aussi, même si je suis née à Paris.

BSL : La toute première fois, c’était quoi : un choc, une évidence, un “je regarde juste” ?

FS : C’est lui qui m’a emmenée la première fois, à ses côtés, sans tirer, en mode rabat. Et c’était en France, une chasse aux lièvres. Ce qui est fou, c’est qu’à l’époque on levait beaucoup de lièvres, aujourd’hui il a toujours le même territoire, mais il n’y en a plus. Cela dit aussi quelque chose de l’évolution de la nature, des équilibres, des disparitions.

BSL : A quel âge avez-vous passé le permis ?

FS : J’ai voulu le passer à 18 ans, puis je suis rentrée en prépa, donc j’ai tout coupé. Je continuais à accompagner, sur des chasses d’amis, de parents mais j’étais à ce moment là dans le rabat. Je l’ai finalement passé quand je suis arrivée à l’ESSEC, en première année, après la prépa. J’avais enfin le temps. Il y avait une super association qui nous faisait passer le permis avec la Fédération des chasseurs d’Île-de-France, au Trou d’Enfer.

BSL : Vos premières chasses “fusil en main”, vous en souvenez-vous comme d’un rite de passage ?

FS : Oui. Je me rappelle très bien de mon premier gibier : un faisan. Nous marchions, nous faisions les bords des champs avec les chiens, une journée simple. Et je me rappelle aussi de mon premier fusil : dès que j’ai eu mon permis, j’en ai voulu un. Il y a quelque chose de très concret, très “ça y est”. Ensuite quand j’ai rencontré mon mari Arthur, passionné de chasse et ambassadeur Beretta, le rythme a changé : plus un week-end ne passe sans que nous chassions, ou allions au ball-trap ! 

BSL : Quand vous dîtes “ce week-end, j’ai trop envie d’y être”, c’est quoi le vrai moteur : tirer, voir, être dehors, être avec les autres ?

FS : Ce que j’aime, c’est la nature, être dehors, être dans les secrets. Se lever tôt avant les premières lueurs du soleil, être seule ou à deux avec mon mari. J’aime bien la solitude. J’ai l’impression que la nature “révèle” ses mystères. Le sanglier qui surgit soudain, le cerf qui apparaît, c’est magique, comme un secret qui se dévoile. Il y a quelque chose d’un peu mystique que j’aime entretenir. Et évidemment, j’adore la camaraderie de la chasse.

BSL : La chasse à l’approche, c’est une forme de duel. Comment vivez-vous ce moment où l’animal est là, dans la lunette, et où il faut décider ?

FS : Il y a beaucoup de certitude dans cette quête de l’animal, une certitude et une passion. Je me sens illuminée, au bon endroit, guidée par un instinct. Plus c’est dur, plus c’est un plaisir. Je me souviens d’une approche au cerf en Patagonie : cinq jours, à cheval et à pied, des approches centimètre par centimètre, des efforts dingues, des occasions ratées, mais une intensité incroyable. Et au moment de tirer, moi, j’ai une forme de pudeur. Je peux hésiter une seconde. Mille questions arrivent : est-ce que j’ai le droit, est-ce que je le veux vraiment?.

BSL : Vous dîtes aussi “dans le doute, je ne tire pas”. C’est une règle personnelle, ou une angoisse ?

FS : C’est une règle. Je suis extrêmement prudente. Si je pense que je rate, je ne tire pas. Si c’est trop loin, si je ne le sens pas, je ne tire pas. J’ai l’impression d’avoir parfois raté des occasions à cause de ça, mais je préfère. Blesser me met dans tous mes états. Quand le tir est net, il y a une vraie joie, comme une décompression. Et ensuite, beaucoup de respect. J’aime être solennelle, respecter les rites autour de l’animal.

BSL : Vous pratiquez aussi la battue, et ne la vivez pas seulement comme une simple postée. Chez vous, en Sologne, c’est vous qui gérez l’organisation, c’est ça ?

FS : Oui. Mes parents ont acheté une maison en Sologne, ils ne sont pas chasseurs, ils aiment la nature. Nous avons un petit territoire, et c’est moi qui m’occupe du groupe. Deux battues, sangliers et chevreuils, on évite les grandes battues. Au début, j’aimais être postée. Aujourd’hui, j’aime davantage organiser, être dans la traque, réfléchir. J’aime le travail de préparation : les coulées ont-elles bougé ? Les habitudes des animaux sont-elles toujours les mêmes ?. Sur un petit territoire, si les sangliers bougent de 300 mètres, tu peux passer d’une année magnifique à une année vide. J’installe des caméras, je regarde même depuis Paris. Cela ne me quitte jamais.

BSL : Et malgré tout ça, vous dîtes être “très stressée de l’accident”. La sécurité, c’est le point qui vous travaille le plus ?

FS : Oui. J’adore ces journées, elles sont excitantes, mais je suis toujours très attentive à la sécurité. Notre génération fait très attention car on sait que la moindre erreur peut nuire à toute la communauté des chasseurs. Il faut être respectueux. Quand tu organises, tu as aussi cette pression : que tout soit bien mené, que les postes soient cohérents, que personne ne prenne de risque.

BSL : En tant que journaliste, comment expliquez-vous que la chasse soit autant attaquée et souvent mal racontée ? Comment la rendre plus “audible” selon vous ?

FS : Côté médiatique, je pense qu’elle est maltraitée parce qu’elle est peu connue. Beaucoup de journalistes sont à Paris, sans attache de campagne au quotidien, donc ils ne comprennent pas. Quand on ne connaît pas, on se raccroche à l’air du temps. Or l’air du temps est contre la chasse.  Il y a beaucoup d’ignorance. Et en même temps, quand tu creuses en individuel, c’est plus nuancé. Moi, je n’ai jamais caché que je chassais. Au bureau, j’en parle naturellement, j’ai même rapporté du gibier à la rédaction du JT à ceux qui en demandaient.

 Quand tu assumes et que tu expliques, des gens te disent : mon grand-père chassait, j’ai un cousin qui chasse. Il y a plus de liens à la chasse qu’on ne le croit, mais le quotidien citadin et le climat anti-chasse font que beaucoup balayent ça.Et pour améliorer l’image, je crois beaucoup en une habitude simple : ne pas rester fermé entre chasseurs. C’est un principe que l’on a avec Arthur : toujours inviter des amis non-chasseurs, ils représentent parfois jusqu’à la moitié de nos invités en week-end de chasse.  On emmène des curieux, des gens qui n’ont jamais vu une chasse. Plusieurs amis ont fini par se passionner et passer leur permis !  C’est à petite échelle, mais c’est concret, ça change tout : ils voient la convivialité, le respect, la réalité, au-delà de ce qui se raconte vite et mal.

BSL : Si vous fermez les yeux et que vous deviez choisir “votre” scène parfaite, vous seriez où, vous chasseriez quoi, et avec qui ?

FS : Ce que je préfère, ce sont les décors de montagne, les paysages rocailleux. Je m’imagine juste avant l’aurore, il fait encore nuit, une lueur rosée à l’horizon, je sors d’un petit cabanon au sommet. C’est une journée d’approche qui démarre, avec pour seuls témoins les montagnes silencieuses. Le pays, cela pourrait être plein d’endroits, de l’Autriche à l’Azerbaïdjan, en passant par l’Argentine ou les Pyrénées. J’ai d’ailleurs envie de faire davantage de voyages de chasse en montagne. Et si je dois ajouter quelque chose de très personnel : partager ça en couple, c’est puissant. Avec Arthur, partir à l’approche tous les deux, c’est une parenthèse totale, sans téléphone, sans quotidien, comme deux scouts, une aventure d’enfants. Cela crée des liens très forts, car on partage tout : la fatigue, la patience, la frustration, le froid. Et bientôt, on verra comment ça s’organise avec l’arrivée d’un enfant, mais l’idée, c’est de continuer à chasser ensemble autant que possible.

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Rédacteur en chef, SoChasse

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